jeudi 9 mars 2017

Retourner le regard


Le monde et moi, nous avons divorcé récemment. Jusque récemment, j’étais ce qu’on appelle un maniaque de l’info. Il me fallait tous les jours prendre le pouls du monde, vérifier où en étaient l’hémorragie moyen-orientale, l’avancée du cancer sioniste avec ses métastases islamistes, la paranoïa meurtrière du Kremlin, les ambitions mégalomanes chinoises, le combat pour l’égalité civique chez l’ami Ricain, la schizophrénie onusienne, les progrès du fascisme de moins en moins rampant et l’agonie généralisée de la démocratie sous les coups de la dictature financière, etc. Je me noyais avec les réfugiés en mer Méditerranée. Une des causes qui me tenait les plus à cœur s’est incarnée récemment dans le beau combat des Premières Nations à Standing Rock, où quand les « vrais humains » se dressent contre le serpent noir du profit et du pétrole qui détruit notre belle planète, la met en coupe réglée. 

 J’avais régulièrement des discussions animées avec ceux de mes amis qui préféraient détourner le regard, me disant le plus souvent qu’ils voulaient préserver leur paix intérieure devant la violence et la souffrance qui nous environnent de partout. Je leur répondais que je les comprenais mais que cela sonnait pour moi comme une forme de désertion : la souffrance du monde est la mienne, je ne peux pas m’en abstraire, et quand des barils de bombe tombaient sur des immeubles à Alep, ils explosaient en moi aussi. Il me semblait, et il me semble encore, que cette conscience de comment nous sommes tous et toutes intimement reliés est indispensable si nous voulons porter un peu de cette souffrance du monde, chercher les moyens de la soulager. Alors tous les jours, consciencieusement, je lisais tout ce qui me tombait sous la main pour prendre connaissance de l’état du malade, des avancées du désastre humain.

Et puis le monde est devenu fou. À moins que je ne sois devenu plus sage…

C’est le service peut-être que m’a rendu l’élection du Joker que de m’ôter mes dernières illusions. J’ai pris un coup sur la tête. J’ai pleuré. Pas pour moi, je suis dans la seconde moitié de ma vie et je me rapproche tranquillement de la porte de sortie, mais pour mes enfants et mes petits-enfants à venir : non, ce n’est pas possible, nous n’allons pas recommencer ? Et puis j’ai dû me faire une raison en écoutant l’air du temps : tous les signes de la catastrophe sont là. Le terrible poème[1] de William Butler Yeats qui annonçait les heures noires du XXème siècle retrouve de son actualité :

Tournant, tournant dans un cercle toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L'anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l'innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l'ardeur des passions mauvaises.

Au sortir d’une retraite de méditation, il s’est produit un retournement en moi. Un retournement non réfléchi; je n’ai pas pris là une décision consciente, je n’ai pas pris une minute pour y penser : cela a décidé en moi. Je n’ai plus depuis ce jour ouvert un journal ni pris des nouvelles du monde. Je me suis rendu compte que je perdais un temps fou, tous les jours, à m’abreuver d’ordures. Cela fait longtemps déjà que j’ai déserté la propagande télévisuelle mais il m’est devenu évident, parce que j’en étais sorti quelques temps dans la paix de la méditation, que tout notre système d’information médiatique ne fait que véhiculer du poison mental. Le poison de la peur, du « ça va de mal en pis, ma bonne dame ! ». Cependant ce système d’information se repaît lui-même de la peur, il l’instille et la distille car c’est le meilleur moyen pour lui de nous rendre dépendant de son existence et de son fonctionnement. C’est son aliment.

Mieux, je me suis rendu compte que tant que je lisais les journaux avec la bonne conscience du citoyen engagé dans le changement espéré, avec des relents de mon bon vieux militantisme révolutionnaire, j’étais moi-même plus part du problème que de la solution. Car bien sûr, je projetais mes espoirs et mes peurs, et finalement mes conflits intérieurs et le petit théâtre de mes illusions, sur le monde. J’alimentais la folie ambiante avec ma propre folie. J’espérais tous les jours en me levant lire une nouvelle fantastique du genre : une foule innombrable s’est mise en marche à … et a pris d’assaut les Palais du pouvoir, les passant au feu purificateur. Et l’on apprend qu’en tel et tel autres endroits de la planète, des foules ont commencé à se lever en solidarité. Il semble qu’un soulèvement généralisé soit en train de se produire…


 J’écris ces mots et je pleure encore tant ce rêve bouge fort en moi à simplement l’évoquer. Vous savez, le rêve du matin du Grand Soir, ce jour merveilleux où nous en finirons avec les bourreaux et les « maîtres sans racines parmi nous », pour reprendre les mots d’Éluard dans Le château des pauvres. C’est le rêve de la scène finale de V for vendetta : https://www.youtube.com/watch?v=oqDYDpJfRew

J’aurais tant voulu ne pas crever sans la voir, cette aube rêvée où se lèvera un nouveau soleil. Ce rêve, nous sommes nombreux à le partager. Il coure le monde, il nous hante la nuit, mais il faut bien qu’un jour, nous nous réveillions : ce n’est qu’un rêve. Nous savons bien comment cela finit : les justes nettoient les méchants à grands coups de lattes et tout semble beau pour quelques temps. Mais soudain les archanges se transforment en procureurs féroces, et des rangs même des anciennes victimes sortent des bourreaux pire encore que ceux qui ont été éradiqués.

Nous approchons du centenaire d’Octobre 1917. Oh my God ! Octobre 1917, n’est-ce-pas ?... Le grand rêve du communisme, porté et alimenté par des torrents de larmes, d’innombrables heures de lutte et de souffrance, tous les espoirs du prolétariat et des intellectuels progressistes européens et russes. Et puis les dissidents anarchistes ont été jetés en prison et l’armée rouge s’est retournée contre le fleuron de la Révolution à Cronstadt. Enfin, l’Histoire a accouché d’un monstre encore pire que celui dont elle nous avait débarrassé : le « petit père des peuples » Staline a fait plus de morts que plusieurs générations de tsars russes, et pourtant ils y avaient mis du leur…

Si nous n’apprenons pas de nos erreurs, qui le fera ? Comment pourrions-nous l’emporter si nous les répétons ? Osho montre magnifiquement le nœud du problème quand il distingue entre les révolutionnaires et les rebelles. Les premiers excellent dans le travail de démolition de l’ancien monde mais ne savent pas faire autre chose que de détruire, on ne devrait jamais leur confier la construction d’un nouveau monde. Pire, l’ombre même qu’ils ont combattue les a contaminé de l’intérieur car pour en triompher, ils ont dû user des mêmes armes. Si nous voulons sortir de ce cercle vicieux, nous devons commencer par construire le nouveau monde dès maintenant, et si c’est un monde en paix que nous voulons, dans lequel régneraient la conscience et l’amour, nous n’avons pas d’autre choix que de faire un effort de conscience pour amener notre propre paix et notre amour dans le monde. Il s’agit de planter des graines en espérant qu’elles donneront des fleurs plutôt que de tout dynamiter au risque de rester enterré sous les décombres. C’est l’idée simple qui supporte ma vision d’un anarchisme renouvelé par la conscience spirituelle, ce que j’appelle l’Anarchie Mystique[2].

J’ai déjà écrit que si la géographie sert à faire la guerre, comme le disait Lafargue, les rêves servent à faire la révolution. James Hillman a souligné avant moi que la révolution se prépare maintenant dans le cabinet du psychanalyste[3], car nous avons compris que la révolution doit d’abord être intérieure. J’ai dû donc faire mon autocritique et retirer mes projections : en continuant à alimenter mon propre rêve d’une résolution violente du conflit généralisé qui déchire notre planète, ne serait-ce qu’en projetant mes espoirs et mes peurs sur les informations, je ne faisais qu’apporter ma contribution inconsciente au problème que nous avons tous et toutes sur les bras avec cette planète. C’est à cela que sert fondamentalement le travail des rêves : à nous réveiller, à prendre conscience de quand nous rêvons, à devenir lucides et à agir consciemment dès lors, et non plus emmenés par un rêve manipulable. Il n’y a qu’à voir comment certains ont réussi à se remplir les poches en vendant des effigies du Che Guevara pour comprendre de quoi je veux parler là quand je dis que, tant que nous rêvons, nous sommes manipulables…

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des informations utiles. C’est curieux, elles sont rarement relayées par les médias. Par exemple, n’aurons-nous pas besoin de bonnes nouvelles et de suggestions d’alternatives pour vivre autrement ? Il y a des sites qui se dévouent à nous les communiquer, par exemple : http://onpassealacte.fr

Mais alors, faut-il détourner le regard des horreurs du monde ?

Non, mais il faut retourner le regard.

Le retourner vers l’intérieur. Le monde est là, en dedans. Nous n’avons pas besoin de nous hypnotiser avec un cortège de mauvaises nouvelles pour savoir que la guerre fait rage dans le monde, que des hommes et des femmes avec leurs enfants se noient en tentant d’accéder à une vie meilleure ou simplement à un peu de sécurité, que la plupart des produits que nous consommons sont produits dans la misère et au prix d’une terrible pollution environnementale dans des pays transformés en usines loin de nos yeux. Pire, les bateleurs du genre Trump cultivent l’art d’occuper le devant de la scène avec leurs gesticulations et parviennent à faire douter du sens même du mot « vérité » avec leur post-vérité, leur télé-réalité et leur façon d’instiller le doute sur tout, même l’essentiel. Tant que l’on joue leur jeu, on est nécessairement perdant…

L’acte de résistance le plus puissant est désormais de se détourner du système mental collectif pour se retourner vers l’intérieur et y rechercher la paix, l’amour et la conscience, de façon à ce que nos pensées, nos paroles et nos actes contribuent à faire ressortir la bonté de la vie et du monde. Comme l’a soulignée une amie dans un très bel article : le bien ne fait pas de bruit[4], et la meilleur façon de reconnaître le mal par les temps qui coure est dans le tapage qu’il entretient. Nos ancêtres spirituels des années 1960 l’avaient bien compris, ils proposaient une démarche simple en trois étapes :

Turn in – tournez-vous vers l’intérieur
Tune in – accordez-vous en dedans
Drop out – laissez tomber l’extérieur.

Il s’agit au fond d’arrêter de porter le monde sur nos épaules et de vivre simplement notre vie en sachant que si nous amenons une goutte de bonheur vrai, d’amour et de joie sincères dans ce monde, nous contribuons à sa guérison. Il y a là une invitation à abandonner notre sentiment de propre importance, ce sentiment qui nous fait croire que nos opinions sont importantes, que nous avons mieux compris que tout le monde comment le monde devrait tourner, et que bien sûr nous allons, en défendant becs et ongles nos opinions contre celles de nos frères, changer quelque chose à la marche du monde. Allons, c’est encore un rêve dont il faut sortir ! C’est le rêve de l’ego qui trône tout seul au centre du monde, et comme un enfant de quatre ans, se croit tout-puissant.

On retrouve l’idée de rendre à Dieu ce qui lui appartient (le monde) et à César, notre égo, ce qui lui revient, c’est-à-dire rien du tout. Au lieu de changer le monde : faire la vaisselle, s’occuper des enfants, donner un sourire à la voisine irritable…

Il y a là aussi une invitation à revenir dans le Royaume de la nature et des êtres simples, de retrouver notre rang aux côtés de notre sœur la fourmi, notre frère le loup, nos cousins les arbres. Quoi que nous en pensions, nous ne sommes pas plus importants qu’eux sur cette planète. Nous n’avons pas vraiment plus de pouvoir sur le cours des choses non plus. Et ils nous donnent le meilleur exemple possible de la façon de traiter les gesticulations des pantins qui croient nous gouverner, à savoir par une totale indifférence. Le jour où nous cesserons tous ensemble d’alimenter la croyance qui veut que nous ayons besoin de tout le fatras d’institutions qui portent les plus narcissiques et imbéciles d’entre nous au pinacle de la société, nos prétendus dirigeants seront démis silencieusement et tout le système s’évaporera comme un mirage, une illusion qui n’a jamais existé. Mais ce changement commence en nous par le fait de traverser le rêve et de sortir dès maintenant, sans tambours ni trompettes, de l’illusion.

Retourner le regard, c’est finalement prendre l’entière responsabilité de l’état du monde comme étant un reflet de notre monde intérieur. Je parlais plus haut de comment notre ego se comporte en enfant de quatre ans aux prises avec un fantasme, naturel à cet âge, de toute-puissance. Observez l’actuel président des États-Unis. Il nous rend un immense service en rendant évident ce que nous avions du mal à discerner tant la réalité était enveloppée de grands discours et de fausses apparences. Voilà, c’est un enfant narcissique qui se prend pour le maître du monde, et il est le pur produit de ce système dans lequel nous vivons, auquel nous contribuons jour après jour avec notre propre égo, notre narcissisme et notre infantilisme, notre inconscience.

Alors, nous avons le choix.

Soit nous proclamons encore et toujours que le problème est à l’extérieur, et sous couvert de notre bonne conscience politique, nous jouons au pompier pyromane qui s’en donne à cœur joie pour se sentir important. Nous désignons des coupables en nous érigeant en juges, et pour un peu, nous proposerions à Dieu notre aide pour le conseiller sur la façon de faire tourner le monde. Nous apportons notre division intérieure et notre violence au monde tout en prétendant bien sûr œuvrer pour la paix et l’unité, et nous jouons donc le jeu de la duplicité et du Diviseur.

Soit nous nous éveillons du rêve collectif, nous sortons de l’hypnose généralisée, et nous assumons notre responsabilité en laissant aux autres la leur. Responsabilité est très différent de « culpabilité » : dans « responsabilité », il y a la notion de « réponse », une réponse qui ne juge personne, qui ne nous coupe pas du réel. Il s‘agit simplement de savoir comment, en réalité, nous répondons à la situation. Partant de la conscience de comment nous avons pu nous-mêmes si longtemps contribuer à l’enfer sur terre avec nos pensées divisées, et comment nous y contribuons encore si souvent par simple réflexe mental, nous pouvons peut-être trouver un peu de compassion pour tous les imbéciles (mal)heureux qui tournent dans le grand manège du monde, hypnotisés par le sentiment de leur propre importance. Une voie rapide pour trouver cette compassion consiste en nous la donner à nous-mêmes quand nous prenons conscience de comment notre propre souffrance peut nous rendre violents, et notre peur stupides. Si nous tombons dans cette ornière, comment le reprocher à autrui ?

Enfin, nous pouvons à partir de là prendre la responsabilité de ce qui arrive dans le monde car nous n’en sommes pas séparés – nous pouvons prendre pour acquis que chaque violence, chaque injustice, dans le monde reflète quelque chose qui réclame d’être accordé dans notre monde intérieur. C’est un postulat de travail intérieur, non une autre croyance à laquelle il faudrait s’accrocher pour « sauver le monde » : le postulat est simplement que toute souffrance qui vient à ma conscience demande à être reçue et transformée en conscience. Chacun a sa stratégie pour cela. Il y a par exemple la méditation journalière qui vise à nous ancrer dans la paix intérieure, et puis il y a une très belle méthode qui nous vient d’Hawaï, non sans un détour par le sacred business, et que beaucoup connaissent et pratiquent aujourd’hui. On l’appelle Ho’oponopono, souvent traduit comme « remettre les choses en ordre » ou « rétablir l’équilibre ». Il s’agit simplement de retourner le regard en dedans devant chaque événement porteur de souffrance et de lui répondre :

Je suis désolé
Pardonne-moi
Je t’aime
Merci.

Si l’on part du principe, millénaire et de plus en plus avéré, qui veut que nos pensées d’aujourd’hui créent notre avenir et influent l’ensemble, cette petite formule rituelle est peut-être la meilleure façon de nous ré-aligner quand la souffrance du monde (ou celle d’un de nos proches, ou encore la nôtre) vient frapper à notre porte. Elle est tout simplement libératrice, et transformatrice. En effet, je signifie alors que :

Je suis désolé – de ce qui arrive : cela me touche, ne me laisse pas indifférent.

Je demande pardon – de contribuer de quelque façon, fut-elle inconsciente, à cette souffrance.

J’exprime mon amour – pour tous les êtres sensibles concernés par cette situation, incluant les victimes et les bourreaux…

Je remercie – pour l’enseignement reçu, l’élargissement de ma conscience grâce à cet événement d’apparence indésirable.


Dès lors, il n’est plus de conflit entre moi et le monde, et je lui apporte ma paix et mon amour, dont il fera bien ce qu’il voudra, ce qui ne me concerne pas. Ce n’est qu’avec cette paix et cet amour que nous pouvons contribuer à la naissance dont parle la seconde partie du poème de Yeats que j’ai cité plus haut :

Sûrement quelque révélation approche ;
Sûrement le second avènement approche.
Le second avènement ! À peine ces mots dits
Qu’une énorme image issue du Spiritus Mundi
Me trouble le regard : quelque part dans les sables du désert,
Une forme au corps léonin et à la tête d’un homme,
Une fixité aussi terne et sans pitié que le soleil,
Remue ses cuisses lentes, tandis que tout autour
Tournoient les ombres d’oiseaux indignés du désert.
La noirceur tombe à nouveau, mais maintenant je sais
Que vingt siècles de sommeil pierreux
Furent vexés en cauchemar par un berceau,
Et son heure enfin revenue, quelle bête rugueuse
Erre-t-elle vers Bethléem pour naître ?

Puissent tous les êtres être libres !


Addendum (13 mars 2017) :
 



[2] Voyez http://voiedureve.blogspot.ca/2015/03/mystique-anarchie-13.html et les articles suivants pour un développement de cette idée.
[3] James Hillman, Michael Ventura, Malgré un siècle de psychothérapie, le monde va plus mal.

jeudi 16 février 2017

La Porteuse du Graal


J’ai préféré jusqu’ici éviter de présenter directement les grands concepts de Jung comme l’anima, l’animus, le Soi, car j’ai constaté qu’en parler embrouille souvent les choses. Cependant, j’ai écrit à plusieurs reprises sur l’ombre parce qu’il m’a paru important par les temps qui courent, particulièrement avec l’élection du Joker, d’avoir les idées claires à ce sujet. Et je n’ai pas hésité à employer ces termes jungiens quand ils me paraissaient inévitables, en les éclairant par le contexte et en comptant sur le fait que mes lecteurs auraient leur propre idée sur la signification de ces mots, ou se livreraient à leur propres recherches pour les comprendre. Cela reste de toute façon la meilleure façon d’approcher ces notions : ne se contenter d’aucune définition mais toutes les confronter à notre expérience.

Mais cela a rendu certains de mes textes sans doute peu accessibles sans une culture jungienne préalable. Ce n’est pas – je m’en suis défendu ailleurs – par élitisme intellectuel mais parce que nous rencontrons là une sérieuse difficulté. En effet, il apparait à l’expérience que l’ombre, l’anima et l’animus, le Soi, sont des réalités vivantes. Or la psychologie – Hillman l’a assez dénoncé – dans sa prétention à s’ériger en science objective, ramène ces vivants à des concepts normalisés. On peut voir là tout le pouvoir de nuisance de l’esprit intoxiqué par son habitude de tout rationaliser et définir, alors qu’on ne peut que nommer une réalité vivante quand on l’a rencontrée. On ne peut pas conceptualiser un ornithorynque ou un serpent à sonnette; quand on en a vu un, on sait ce que c’est. Il en va de même pour un homme et pour une femme, ce sont des réalités naturelles, indéfinissables, même quand il s’agit de l’homme ou de la femme intérieurs…

Le problème avec l’anima, l’animus, le Soi… et même avec l’ombre, c’est que nos amis psychologues en ont fait une abstraction en glosant le plus souvent sur la réalité vécue par les autres, leurs patients. Mais ils ont rarement mouillé leur propre chemise en nous parlant de comment ils vivent ces réalités, à supposer qu’ils en soient conscients. Ils ont fait de ces instances vivant dans notre psyché des objets manipulables par la raison alors que ce sont des réalités subjectives, des sujets en nous, qui nous agissent, qui vivent en nous, parlent par notre bouche, posent des actes à notre corps défendant. À force d’abuser du logos, les psychologues ont souvent perdus la sève vivante de ces réalités, et ils nous offrent des concepts desséchés qui ne peuvent nous servir à rien ou presque, sinon à continuer de parler dans le vide.

Il en va de même avec la plupart des livres de travail avec les rêves, qui font dans la clinique et parlent des rêves des autres. Or ce qui est vraiment intéressant, ce n’est pas d’analyser les rêves d’autrui, c’est d’apprendre comment on vit avec ses propres rêves, et avec son ombre, son anima ou son animus, le Soi qui se manifeste par nous. Quand on comprend un peu ses propres rêves, alors il devient passionnant d’écouter les rêves des autres, mais pas avant. Quand on a saisi de quoi il retourne avec notre propre ombre, on commence à la distinguer chez les autres, mais si on commence à vouloir leur expliquer de quoi il retourne, c’est qu’on n’a rien compris et qu’on peut retourner examiner la poutre qui nous bouche la vue. Quant à l’anima, elle est tellement joueuse et trompeuse qu’il n’y a qu’un idiot qui prétendrait expliquer de quoi il s’agit…

Je suis tombé un jour dans ce piège. Une femme est venue me parler de ses soucis relationnels et de ses rêves. J’étais encore bien jeune dans le travail et j’ai pris une bonne leçon, du genre déculottée. Je lui ai dit : je vais t’expliquer le jeu de l’animus et de l’anima. Après quelques rencontres à jouer au docteur expliquant les réalités de la vie psychologique, la projection, etc… je me suis retrouvé complètement emberlificoté : l’anima s’était jouée de moi et voilà que je devais m’avouer que j’étais amoureux. Il faut faire attention quand on approche cette diablesse qu’est l’anima : elle nous prend dans ses rets en un clin d’œil, au moment même où on se croit au-dessus de ses affaires. Quand je parle d’elle désormais, je lui demande toujours au moins en pensée de me pardonner si je dis des bêtises, et de m’épargner un supplément de complications dans la vie. Je baisse la tête. Jung en savait quelque chose aussi quand il disait :

«  Si la confrontation avec l’ombre est l’œuvre du compagnon, la confrontation avec l’anima est l’œuvre du maître. »

Cela veut dire qu’elle nous met au défi de la maîtrise de notre propre vie. Elle est le maître, et nous demeurons toujours l’apprenti en sa présence. Rien que d’écrire sur elle comme je le fais ces jours-ci est un processus dans lequel il faut que je marche sur des œufs et au travers duquel elle m’apprend quelque chose sur elle, sur moi.

Bien sûr, il vaut mieux être un homme pour évoquer l’anima, c’est-à-dire le féminin intérieur de l’homme, et une femme pour dire quelque chose de sensé sur l’animus, le masculin intérieur de la femme. Mais d’une part, il est admis aujourd’hui que les choses sont moins coupées au cordeau qu’à l’époque de Jung : il y a des hommes d’apparence biologique masculine mais à la psychologie féminine, et réciproquement. Il nous faut donc admettre qu’il y a du masculin et du féminin en chacun, et l’approche non-dualiste nous permet d’envisager un point de vue où la conscience n’est ni mâle, ni femelle, mais intègre ces deux polarités dans une danse qui les englobe. Au fond, tout l’intérêt de ce travail de connaissance de soi est précisément de dégager la conscience de l’identification avec les polarités de la dualité, en prenant conscience de leur existence et de leur jeu. Mais cela anticipe la réflexion sur le Soi que je proposerai un autre jour.



D’ailleurs, la tendance actuelle est de désexualiser ces énergies intérieures et de les considérer plus comme deux modalités de l’énergie créative dans la psyché, l’une créant par l’ouverture à ce qui s’offre et la transformation intérieure, l’autre par l’action extérieure. Mais il reste qu’elles se manifestent comme femmes dans une psyché masculine, et hommes dans une psyché féminine, et qu’à les désexualiser, on risque de passer à côté du fait qu’elles ne sont jamais plus à l’œuvre que dans les jeux de l’amour. C’est cette omniprésence dans nos relations de l’anima et de l’animus qui font qu’un homme peut avoir une bonne idée de la nature de l’animus, et une femme de l’anima, car nous les rencontrons chez nos partenaires amoureux en particulier.

Mon ami et mentor Nicolas Bornemisza dit que le problème avec l’animus négatif, quand il se mêle de nos relations amoureuses, c’est comment lui donner un bon coup de poing sans blesser la femme. Tous les hommes ont rencontré, je crois, ce moment d’exaspération qui vient quand la chérie argumente avec des arguments implacablement logiques mais sans rapport avec la réalité particulière de la situation, sinon qu’ils tiennent de la vérité générale. On distingue alors qu’il y a quelque chose de masculin dans la façon dont elle s’exprime, comme si sa féminité d’habitude si séduisante était gommée. Les femmes connaissent bien l’anima de leur homme aussi, qui ressort quand il commence à avoir des humeurs irrationnelles et des emportements un peu hystériques sur des broutilles, ou qu’il se met à douter de tout et pour commencer de lui-même. Elle est aussi leur éternelle rivale, qui se projette sur d’autres femmes généralement inaccessibles, et auxquelles elles ne sauraient se comparer sans avoir l’impression d’engager un concours de beauté avec Aphrodite.

Jung soulignait que dès qu’un homme et une femme (pour faire simple) s’émeuvent mutuellement, il y a en fait une relation quaternaire qui se met en place :

1.    Le conscient de la femme est en relation avec le conscient de l’homme.
2.    L’inconscient de la femme (animus) est en relation avec l’inconscient (anima) de l’homme.
3.    Le conscient de la femme est en relation avec l’anima de l’homme.
4.    Le conscient de l’homme est en relation avec l’animus de la femme.

Nous ne sommes généralement conscients que du premier niveau, et ne tenons pas du tout compte des projections qui parasitent la relation, c’est-à-dire du fait que l’homme, s’il est amoureux, projette son anima sur la femme (et réciproquement en ce qui concerne la femme amoureuse de l’homme). Or cette projection, si elle rend la femme tout à fait merveilleuse, telle une déesse qui se serait enfin incarnée dans la vie de l’homme, recèle des pièges dangereux. En effet, le risque est grand que l’homme ne voit pas la réalité de la femme mais seulement l’image idéale qu’il projette. Mais tôt ou tard la réalité reprendra ses droits et la déception menace. Pourtant, c’est justement au moment où la projection commence à se retirer qu’un véritable amour peut se développer entre deux partenaires humains qui n’ont plus rien d’idéal…

Cependant cet amour est mis au défi de l’inconscient, justement : plus la relation devient réelle, entre deux partenaires conscients qui retirent leurs projections l’un sur l’autre pour se rencontrer sans voiles, et plus l’anima comme l’animus ont tendance à se projeter à l’extérieur de la relation, comme un diable tentant de sortir de l’eau bénite.

Quand une jeune femme qui vient de se réconcilier amoureusement avec son compagnon rêve dans la même nuit qu’elle retrouve un ancien amant et fait passionnément l’amour avec lui, il convient d’être très prudent. Il serait trop facile d’y voir un simple rêve de désir. Bien sûr, l’animus est en jeu et attire l’attention sans doute sur ce qui manque dans la relation avec le compagnon. On peut y voir un rêve compensatoire avertissant de ne pas se faire d’illusion. Mais on peut voir aussi l’animus venir mettre au défi l’engagement conscient de la rêveuse, et le rêve ne dénigre par là en rien la relation avec le compagnon mais il montre seulement qu’il y a une énergie de vie qui a envie d’aller ailleurs. L’interprète de rêve doit se garder alors de tout avis sur la relation réelle car celle-ci pourrait tout aussi bien se trouver être vitalisée par la réintégration de toute cette énergie érotique qui se manifeste dans le rêve.

Alors, bien sûr, il est très difficile de parler vraiment de ce sujet en partant de sa propre réalité. D’abord parce qu’on a beau travailler ses rêves, étudier la psychologie, on est généralement aveugle à notre propre inconscient. Et puis, dès que l’on parle d’anima et d’animus, nous touchons à ce que nous avons de plus sensible et de plus vulnérable, puisque cela concerne toujours l’amour, nos relations intimes. Enfin, nous sommes tenus à un devoir de réserve car justement, nos relations impliquent d’autres personnes dont nous ne pouvons pas dévoiler l’intimité. Bref, il n’y a que le récit romanesque qui saurait vraiment rendre justice aux mystères de l’anima et de l’animus. Hillman a souligné dans La fiction qui guérit qu’avant que nous ayons une psychologie, les romans du XIXème siècle étaient de véritables manuels de connaissance de soi. Il a montré qu’à l’inverse de la prétention objective souvent usurpée de la psychologie, celle-ci appartient encore au domaine des humanités.

Mais nous n’avons pas assez de romanciers férus de psychologie des profondeurs pour mettre en lumière les jeux de nos partenaires intérieurs : la plupart en sont tout simplement inconscients et répètent les clichés habituels sans en déceler les ressorts. Bien sûr, pour quelqu’un qui est un tant soit peu averti de la façon dont l’anima et l’animus se jouent de nous, cela devient un régal de lire de bons romans et de regarder des films : on distingue sans cesse différents niveaux de sens. Mais on constate que c’est un peu toujours la même histoire qui est racontée avec quelques variations. C’est normal, car l’anima et l’animus sont des archétypes de l’inconscient collectif, et autant ils participent de notre réalité intimement personnelle, autant leurs jeux sont universels, et leurs expressions sont modelées par la culture et l'époque dans lesquelles nous évoluons.

Qu’en dire donc en essayant pour ma part de rendre justice à l’anima, sans jouer au perroquet qui répète simplement ce qu’ont dit Jung et Von Franz[1] ?

J’ai déjà dit ailleurs[2] que dans ma compréhension, l’anima, c’est l’inconscient qui joue avec nous sous la forme d’une partenaire. Autant nous pouvons intégrer l’ombre, la rendre consciente et en faire une part de nous-mêmes, autant l’anima reste irréductiblement autre. Il faut danser avec elle, c’est-à-dire qu’il faut accepter que parfois elle mène le jeu, et quand c’est nous qui avons l’initiative, il faut tenir compte de son poids, de son mouvement. En cela, elle nous introduit au fait que nous sommes plus que ce que nous croyons être consciemment, qu’il y a une part en nous qui restera toujours irréductiblement hors du champ de notre conscience, et c’est ainsi qu’elle s’avère être une passerelle vers le Soi, notre totalité. Jung soulignait que l’anima est pour l’homme l’intermédiaire nécessaire vers le Soi, tout comme l’animus l’est pour la femme, et cela me donne à penser qu’il n’y a que l’expérience de l’amour qui permette d’approcher le mystère du Soi. L’exigence de l’anima est en effet que nous aimions, et sa loi réclame que nous aimions par amour de l’amour, sans autre dessein.

Toutes les femmes, dans les rêves d’un homme, sont susceptibles de représenter l’anima. Au fond, elle symbolise le mystère de la féminité qu’il doit approcher à partir de sa propre masculinité. Elle ne cherche pas à féminiser l’homme, bien au contraire, et si elle le met au défi, c’est pour qu’il mette ses culottes et assume sa masculinité, sinon avec qui pourrait-elle donc danser ? La première rencontre avec l’anima se fait au travers de l’image de la mère, à laquelle va généralement le premier grand amour et auquel toutes les femmes seront comparées par la suite. Cependant, il faut pour grandir un jour se détacher de maman, et celle-ci apparaît aussi, pour nous y aider comme la mère ourse qui chasse son petit, dans son visage redoutable de Mère négative : soit qu’elle dévore l’homme et le castre, soit qu’elle le rejette et le boute hors de son jupon. Et si l’anima se projette sur toutes les femmes qui nous entourent, elle tient donc aussi, de par sa proximité avec le Soi, de la déesse et du démon torturant, de la sorcière jeteuse de sort. Elle asservit les hommes à des addictions avec des sentiments qui leur font douter de leur propre valeur. Elle les réduit à l’impuissance psychologique et sexuelle. Elle les possède, les féminise et leur « coupe les couilles ». Elle entraîne l’homme dans l’irréalité, la confusion et le rêve dans lequel il se perd plutôt que de vivre. On parle alors d’anima négative, qui demande s’il y a un homme dans la salle prêt à affronter la sorcière…

Mais elle se révèle aussi dans toute sa splendeur quand l’homme tombe amoureux : la déesse soudain s’incarne et la vie est transfigurée. Elle est la gardienne de la créativité de l’homme, de son intuition et de ses sentiments véritables, et finalement de son amour de la vie. Elle symbolise les particularités de la sensibilité de l’homme, dont elle est la Muse inspiratrice, tout comme les femmes ont leur Génie[3]. Elle n’a rien de moral dans ses jeux : elle forge les couples pour les défaire ensuite dans le feu de la passion amoureuse. Comme Aphrodite, elle endosse tout de l’amour, le bon comme le mauvais, les délices de la rencontre amoureuse comme les affres de l’abandon et du rejet. C’est sur ce point bien souvent que nous échouons au jeu de l’amour qu’elle nous propose, que nous bloquons l’énergie de vie. Nous voudrions n’avoir que le côté lumineux de l’amour, mais celui-ci vient nécessairement avec l’autre côté : la jalousie et la culpabilité, la souffrance de l’abandon, la torture du rejet, la solitude et le désir qui se languit, qui brûle en dedans. Ce n’est qu’au prix d’un « oui » à toute la réalité de l’amour que nous pouvons nous laisser transformer par son alchimie.

L’anima réclame que nous soyons prêts à jouer pleinement le jeu de la vie car elle est l’archétype de la vie, qui nous fait avancer avec des croches-pattes qui nous envoient là où nous n’aurions jamais pensé aller. Quand elle est fixée sur une amoureuse, tout va bien, car sinon, elle est comme un fauve qui rode à la recherche d’une proie – j’ai longtemps fait ce rêve d’un tigre qui rodait en ville, sans comprendre de quoi il retournait, jusqu’à ce que je m’avise de ce que les félins peuvent avoir de féminin. Quand elle apparaît sous forme animale dans les rêves, elle est encore très liée aux instincts et il est impossible de parler avec elle. Sous forme d’un tigre, on se ferait manger si on l’approchait sans précaution. Dans ses différents stades d’évolution, décrits par Jung, elle va de la passion érotique à la sagesse suprême de la Sophia, en passant par le romantisme aventureux et la dévotion religieuse. L’abus que de nombreux hommes font de la pornographie trahit souvent qu’ils sont simplement possédés par un niveau primaire de leur anima qui ne trouve que cette voie pour s’exprimer. S’ils savaient l’écouter dans tout ce qu’elle a à leur dire, ils pourraient se révéler étonnamment fleur bleue, et riche d’une sensibilité qu’ils ignorent.

Elle est la Dame auprès de laquelle le chevalier en quête engage son épée. À elle seule, nous les hommes devons fidélité. Mais c’est une erreur de croire qu’elle s’incarne nécessairement dans la femme idéale de nos rêves. Lui demander de n’être que l’idéal, c’est tomber encore une fois dans le piège de la dualité qui oublie que le féminin est ombre et lumière. Elle contient et dépasse tout ce qui appartient au royaume du féminin, et la sorcière en elle est aussi adorable que la princesse pour peu que l’on accepte qu’elle soit notre Reine. Elle est nature, et en tant que nature, elle recèle les volcans qui nous consument et les plus lointaines étoiles qui nous éclairent. J’ai tendance pour ma part à lui prêter les traits d’Aphrodite mais toutes les déesses se manifestent en elle pour qui sait reconnaître son lien avec le Divin sans perdre non plus la conscience de son humanité. Elle est aussi Héra, l’épouse jalouse, Hestia la discrète, Artémis la vierge sauvage, Athéna, la guerrière fille du père, Iris l’arc-en-ciel qui relie le ciel et la terre, et Inanna, Morrigane, Brigit, Isis, Kali, Durga, etc. Mais surtout, en tant que Déesse, elle est Celle qui se tient derrière toutes les formes dans lesquelles Elle nous apparaît, jouant de ses voiles pour mieux nous séduire, nous conduire.

Elle est la Porteuse du Graal, bien nommée « Conduir-Amour », qui nous ouvre la voie.

Elle évolue tout au long de notre existence. L’anima d’un jeune homme n’est pas la même que celle d’un homme mûr. Elle nous apparaît cependant parfois dans les rêves sous les traits d’une enfant, témoignant ainsi de tout son potentiel de croissance, ou parfois du fait qu’elle est attachée à un âge particulier de notre vie. Quand elle se montre sous les traits de nos filles, ce peut être notre futur qui se symbolise. On la rencontre aussi sous les traits de nos sœurs, ce qui signale qu’elle a partie lié ici avec notre système familial, que nous avons grandi avec elle. Elle se manifeste souvent dans les périodes de crise, par exemple dans la quarantaine au milieu de la vie, comme la tentatrice qui porte souvent notre désir irrésistible d’une autre vie, d’une vie où nous serions pleinement nous-mêmes, entier et libre.

Combien d’hommes sont tombés dans le piège de quitter leur épouse pour rejoindre une jeune femme qui leur faisait « tourner la tête » et ensuite réaliser que le bel oiseau qu’ils avaient imaginé s’était envolé ? Mais nul ne peut juger de si c’était ou non la chose à faire car si l’homme est assez sage pour éviter d’identifier l’anima qui l’appelle à la femme qui l’attire, il joue alors simplement le jeu de la vie qui le conduira à toujours mieux se connaître, à découvrir cet autre versant de lui-même que lui présente l’anima. Ce n'est pas dans les aventures amoureuses qu'on nouera la meilleure relation avec elle mais dans la créativité, car c'est en fait surtout à l'union intérieure qu'elle appelle, et à boire à notre source catrice. Finalement, il semble qu’elle soit là encore à l’heure de la mort, qui se présente souvent dans les rêves comme un mariage avec celle qui peut nous conduire de l’Autre Côté. Mais surtout, elle est donc une possibilité de relation entière avec la femme, avec nous-mêmes et avec la vie, une invite à tout risquer pour oser vivre pleinement et aimer à notre mesure, qui réclame simplement que nous marchions sur un chemin qui a du cœur.

Voilà cependant, alors que j’approche de la fin de ce long article, que je réalise que je n’échappe pas au travers qui consiste à idéaliser l’anima en vous la présentant. Mais comment l’approcher donc ? Ah oui, c’est facile : au travers de nos déceptions, qui ont la vertu de signaler la nécessité de retirer nos projections. Jung raconte ainsi comment la conscience de l’anima lui est venue du fait qu’un jour, son amante Toni Wolff lui avait menti. Il en a été irrité jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’elle avait bien le droit de se comporter comme elle voulait, et qu’il la comparait à un certain idéal qu’il portait en lui, une image de la femme qui n’était pas la femme réelle. Telle est le plus grand bénéfice peut-être de la rencontre avec l’anima : au lieu de reprocher aux autres de ne pas nous satisfaire, on apprend à vivre et laisser vivre, être pleinement et laisser être… 


Pour conclure, voici quelques rêves qui illustreront mon propos.

Le regretté Guy Corneau a raconté dans un de ses livres un rêve qui illustre comment la relation à l’anima peut être entravée par le complexe maternel, l’attachement inconscient à la mère qui concerne tant d’hommes : Il entre dans une pièce peu éclairée. Il y a là une femme attirante qui l’attend visiblement au milieu de la pièce, peu vêtue. Il est tout content et s’avance vivement mais il est arrêté. Il ne peut plus avancer, il y a quelque chose qui lui bloque le passage. Il est frustré, ne comprend pas et cherche par où il pourrait passer. En cherchant, il se retourne et il voit, dans l’encadrement de sa porte, sa mère qui le regarde et est, elle aussi, peu vêtue.

Un de mes amis qui, après avoir été longtemps un époux fidèle, venait de vivre un éblouissement amoureux hors de son couple et se demandait quoi faire car il se sentait écartelé entre sa fidélité à sa conjointe et sa fidélité à lui-même, à l’amour qui venait de poindre en lui, m’a rapporté le rêve suivant : Il se tient devant une très vieille femme, une indienne au visage tout ridé, plissé, qui lui semble millénaire. C’est la Pacha Mama, se dit-il. Elle lui désigne du geste un petit sentier tortueux qui part de sous ses pieds et semble boueux, en disant : « c’est le chemin des hommes. »

Dans une période de grande désorientation intérieure, alors que je me demandais bien ce qui pourrait m’aider à réorienter ma vie, j’ai rêvé : Je suis au bord d’un lac, assis. Une femme dont j’étais amoureux, que je considérais comme ma partenaire spirituelle, arrive et déchausse son pied qu’elle pose, nu, sur ma tête, mon front. La souveraine anima m’invitait ainsi à reconnaître sa prééminence royale en moi et à baisser la tête devant elle, c’est-à-dire à moins penser et plus ressentir.

En déplacement professionnel, alors que je m’éreintais dans un travail que je commençais à détester et que je commençais à rêver d’une autre vie, j’ai rêvé : Une jeune femme se tient dans l’encadrement de ma porte de chambre et me parle en essuyant un verre à vin. Je ressens une attirance érotique irrésistible et je suis tenté de l’agripper pour me laisser tomber en arrière avec elle dans le lit derrière moi. L’anima, au stade primaire de l’érotisme, commençait à me travailler au corps pour me dire : tu ne pourras pas me résister bien longtemps. Le verre symbolise la possibilité d’ivresse.

Plusieurs mois après, à l’orée d’une crise radicale au travers de laquelle toute ma vie s’est réorientée, alors que les choses commençaient à échapper à mon contrôle, j’ai rêvé : Je suis en voiture sur le siège passager avant. Une amie médium, avec laquelle je n’ai aucun rapport amoureux mais un partenariat de travail, conduit. Soudain, elle tourne à gauche et sort de la route pour faire entrer le véhicule dans un lac. Je me dis : ce n’est pas possible, elle va faire demi-tour. Mais non, elle continue tout droit et nous nous enfonçons dans le lac. Au réveil, je me suis dit : « bon, et bien on est bien parti pour aller voir la Dame du Lac… », non sans inquiétude bien sûr. Il y a des moments comme cela, nous n’avons pas d’autre choix que de nous laisser conduire par la vie…

J’ai présenté le plus beau rêve d’anima que j’ai jamais reçu, qui illustre la dimension spirituelle de l’anima et m’éclaire encore après des années, ici : http://voiedureve.blogspot.ca/2014/05/quatre-perles-de-jade.html.

Pour conclure, je me souviens enfin avoir lu un très beau rêve de Daryl Sharp[4], analyste jungien, qui allait comme suit : Il est sur une scène de théâtre et il donne une conférence. Mais il se fait apostropher par un participant qui lui demande comment il peut parler ainsi de psychologie alors qu’il vient de quitter sa femme et leurs 3 enfants. Du fond de la scène survient alors Jung, vieil homme qui s’avance en s’appuyant sur une canne, et qui dit : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »



[1] Celle-ci a écrit en particulier La femme dans les contes de fée, et La princesse chatte, livres qui éclairent particulièrement le délicat problème que nous pose l’anima.
[3] Voir à ce sujet le très bel article de Marie Laure Colonna : la femme et le génie. http://cgjungfrance.com/La-femme-et-le-genie-De-la
[4] Daryl Sharp, Anatomy of a midlife crisis.

jeudi 2 février 2017

La fonction spirituelle de l'orgasme

J’ai récemment entendu dans un cercle de rêves un rêve remarquable. La rêveuse est une femme qui expérimente depuis longtemps et avec beaucoup de conscience un processus d’éveil de la kundalini. Elle m’a donné la permission de le citer, ce que je ferai ici moins pour analyser ce rêve que comme un point de départ pour la discussion plus large d’un thème rarement abordé publiquement dans les milieux spirituels.

Je me trouve dans une version plus grande de la pièce où je fais mon yoga et je médite chaque matin. Me tournant vers l’ouest, je vois, sur la table de massage me servant à faire des soins énergétiques, une bague qui semble être en forme de couronne. Je sens très fortement que je dois la porter alors je la prends, puis en l'examinant de plus près, je constate que c'est en fait deux dragons qui sont placés face à face, les deux têtes se touchant presque. Mais plutôt que de la porter sur une main, je la place sur ma langue. Je sens ensuite que je dois me placer en posture yoga du cobra, donc à plat ventre sur le sol, face à l'est, puis une montée d'énergie orgasmique traverse tout mon corps, ce qui me réveille.

Dans un rêve précédent, la même nuit, la rêveuse partait vers l’Ouest canadien en s’assurant qu’elle était bien sur la route Transcanadienne, aussi appelée « chemin du Roi ». Dans la géographie intérieure de la rêveuse, l’Ouest est associé à la guérison avec une dimension spirituelle. Et l’ensemble du rêve semble s’inscrire dans cette perspective d’une profonde guérison. Il est ressorti des discussions du cercle que ce rêve semble clairement marquer le passage d’un seuil dans le travail de la rêveuse qui reçoit le symbole de son couronnement sous forme de cette bague. Cette dernière symbolise volontiers un lien, l’engagement dans une relation. C’est là, sur la table de travail, que la rêveuse peut trouver désormais la relation guérissante recherchée à l’ouest ; c’est par là que passe le chemin du Roi.

La couronne renvoie à la royauté intérieure à assumer mais aussi à l’ouverture du septième chakra, appelé la « couronne », analogue à Kether, la sephira de la couronne dans l’Arbre de vie. Cette couronne mue en deux dragons se faisant face, ce qui est une image alchimique assez typique. Le feu des dragons symbolise l’inflammation du désir. Le Mercure est souvent représenté par deux dragons se combattant, l’un étant généralement doté d’ailes tandis que l’autre n’en a pas. Le fait qu’ils se fassent ici face indique un état d’équilibre entre les opposés, une pacification de leur relation. On peut aussi voir là l’équilibre rencontré entre les canaux énergétiques ida et pingala qui entourent la colonne vertébrale dans la vision du yoga et du tantra. Ces canaux sont volontiers représentés comme des serpents qui se dressent du bas de la colonne jusqu’au 6ème chakra, le troisième œil, en se croisant à chaque centre énergétique. Or les dragons sont aussi dits être des serpents avec des ailes et la kundalini est elle-même décrite comme un serpent énergétique lové au bas de la colonne vertébrale, et qui lorsqu’elle est réveillée se redresse jusqu’à regarder par les yeux du yogi.

Le fait que cette bague soit placée sur la langue demeure énigmatique. Nous avons dans le cercle de rêves risqué plusieurs hypothèses. En restant dans le cadre du système symbolique du yoga, on peut pointer que la langue fait la jonction, en particulier quand elle appuie sur le palais dans la bouche, entre la gorge et la glande pinéale reliée au troisième œil. La bague est volontiers un symbole de relation, et on peut donc penser que le processus décrit par le rêve est initié par une mise en relation des centres énergétiques supérieurs. Mais c’est la dernière phrase du rêve qui a particulièrement attiré alors mon attention :

Je sens ensuite que je dois me placer en posture yoga du cobra, donc à plat ventre sur le sol, face à l'est, puis une montée d'énergie orgasmique traverse tout mon corps, ce qui me réveille.

Synchronistiquement, je m’étais plongé dans les jours précédents dans la lecture d’un livre portant sur l’alchimie sexuelle d’Isis[1] qui apportait plusieurs éléments d’information en forte résonnance symbolique avec ce rêve. Il y était affirmé – et j’ai trouvé depuis de nombreuses autres sources corroborant cette affirmation – que, dans les initiations égyptiennes comme le tantra ou le taoïsme, l’orgasme est directement lié à la réalisation spirituelle. Il en est en particulier la meilleure métaphore, en ce qu’ « il n’est peut-être aucune expérience humaine qui nous rapproche plus de l’absolu, de la totalité fusionnelle, de l’union avec l’universel ou le cosmos que l’orgasme. »[2] Mais non seulement : cette métaphore semble avoir un fondement énergétique.

Les deux expériences physiologiques qui donneraient le plus précisément un avant-goût de l’ouverture spirituelle sont réputées être l’accouchement et l’orgasme, ce que les Chinois par exemple semblent savoir depuis très longtemps, ce qui les conduisaient dans la Chine ancienne à prêter une attention particulière à ces opportunités d’éveil. Il n’est pas rare en effet que les parturientes vivent des expériences d’ouverture énergétiques puissantes, et les anciennes cultures de l’Égypte, de l’Inde et de la Chine ont développé toute une alchimie énergétique fondée sur la sexualité pour éveiller les centres supérieurs de conscience de l’être humain. La légende de Lao-Tseu veut ainsi qu’après avoir rédigé le Tao-të-King pour satisfaire aux exigences d’un garde-frontière, il soit parti dans la montagne avec une prostituée pour y accomplir les dernières étapes de sa transmutation alchimique le conduisant à l’immortalité.

Ici, il paraissait évident que le rêve signalait à la rêveuse qu’elle approchait d’un moment d’intense ouverture énergétique correspondant à une acmé du plaisir, et la dimension orgastique lui rappelait que cette réalisation met en jeu et à lieu dans le corps. Se tournant vers l’Est pour accomplir la position du cobra, elle était donc dans l’axe Ouest-Est, qui référait tant à la guérison associée à l’Ouest qu’à l’éveil d’une nouvelle conscience associé, avec l’image du soleil levant, à l’Est. On pouvait entendre dans la montée d’énergie orgastique qui traversait la rêveuse l’annonce de son entrée dans un temps de félicité et sa libération de la peur de vivre. En effet, Wilhem Reich a souligné par ses recherches que la capacité de jouir pleinement est directement liée à la guérison des névroses, celles-ci étant justement caractérisées par des angoisses associées à l’orgasme. Il indique l’enjeu associé à ces angoisses en soulignant que « puisque la joie de vivre et le plaisir orgastique sont identiques, la peur générale de la vie est l’expression de l’angoisse d’orgasme. »[3]

La rêveuse se voyait donc annoncée une libération spontanée des blocages l’empêchant de profiter pleinement de la vie, libération associée aussi à son travail par la présence de la bague sur la table de massage. Mais les correspondances symboliques du rêve avec ma lecture étaient trop nombreuses pour que je les ignore :

Dans l’alchimie sexuelle d’Isis, l’adepte (homme ou femme) s’entraine à faire s’élever en imagination le long de sa colonne vertébrale, au cours de l’acte sexuel, deux serpents, l’un doré dit solaire et l’autre noir, dit lunaire. Ceux-ci s’entrecroisent à chaque centre énergétique, opérant à chaque fois un niveau de conjonction éveillant ce centre. On retrouve là une image typique du caducée[4] d’Hermès, qui est devenu l’emblème des pharmacies en France car il a toujours été associé à la guérison. On peut voir dans cette figuration de l’éveil et de la maîtrise de l’énergie sexuelle une correspondance précise avec le processus d’éveil de la kundalini dans le yoga et le tantra.

Quand les serpents d’or et d’obscurité, représentant les aspects lumineux et sombres de la conscience, ont été pleinement redressés, ils entourent la glande pinéale associée au troisième œil en se faisant face, et ils la stimulent par leur union. On retrouve donc ici l’image des deux dragons se faisant face dans le rêve. La glande pinéale est volontiers associée à la capacité de vision d’autres dimensions. Il est intéressant par exemple de savoir qu’elle produit naturellement du DMT, qui est la substance active de l’ayahuasca. Et c’est alors que s’éveillent les centres supérieurs de conscience dans la tête, ce qui est symbolisé par le déploiement de la corolle du cobra. Le symbole de l’uraeus (cobra) sur le front des représentations de Pharaon, c’est-à-dire de l’Homme-Dieu, indiquait la conscience éveillée et la pleine activation des deux hémisphères cérébraux.

La conjonction des symboles évoqués par le rêve avec ma lecture venait souligner une idée qui commençait à me travailler :

Jung a redécouvert la dimension symbolique de l’alchimie et prouvé qu’elle décrit des processus psychiques transformateurs. Mais serait-il possible qu’il soit passé à côté de la véritable dimension opérative de ces symboles, qui pourrait être liés à l’utilisation de l’énergie sexuelle pour la transformation de la conscience ?

Jung était le produit d’une civilisation chrétienne en pleine faillite spirituelle. Celle-ci s’est concrétisée en particulier dans les tranchées il y a tout juste un siècle. Les grands idéaux chrétiens censés supporter notre civilisation, et qui justifiaient aussi la mise en coupe réglée du reste du monde par le colonialisme et le racisme institutionnalisé, se sont alors noyés dans le sang et la boue, sous des orages d’acier. Il a pressenti le cataclysme et il a été parmi les premiers à rechercher les voies de la Nouvelle Renaissance qui pourrait se profiler sur notre horizon spirituel. Une de ses grandes découvertes, mais dont il n’a pas tiré de conséquence pratique, du moins dans ses communications publiques, est que spiritualité et sexualité sont deux polarités indissociables. On pourrait dire en termes énergétiques que ce sont deux facettes d’une même énergie de vie, l’une tendant vers la jouissance du plaisir et l’autre vers celle du sens.

Jung a ainsi combattu le réductionnisme freudien voulant ramener l’énergie psychique à la seule dimension sexuelle. Mais il a aussi dénoncé la culture spirituelle chrétienne excessivement idéaliste qui a nié le corps et la sexualité associés au féminin et au mal, à l’obscurité. Nous sommes encore spirituellement contaminés bien souvent par cet idéalisme qui tend vers le seul ciel spirituel sans le relier à la terre du corps, et qui perpétue ainsi la négation du Féminin sacré. Il y a une tendance généralisée dans nos pratiques spirituelles à vouloir fuir l’obscurité associée à la matière, par exemple dans des pratiques ascétiques opposant spiritualité et plaisir. C’est une des conséquences de l’écrasement du féminin par le patriarcat, écrasement qui se perpétue encore dans de nombreuses histoires individuelles de femmes, mais aussi d’hommes, qui sont ainsi coupés de leur sensibilité et de leur joie naturelle de vivre. Il est bien connu que cet idéalisme spirituel peut créer d’importants déséquilibres qui font échouer toute l’Œuvre  car il oblige à la répression des instincts qui se vengent tôt ou tard en engendrant des souffrances psychiques et physiques. Les rêvent mettent souvent en garde contre cet idéalisme que Jung dénonçait comme aussi dangereux que les drogues dures.

En particulier, nous tombons facilement en Occident dans le piège d’une fausse non-dualité qui voudrait affirmer que tout est parfait, tout est lumineux… sans réaliser qu’en disant cela nous évacuons la dimension obscure et cependant nécessaire de l’existence, incluant les désirs du corps et les émotions négatives. L’esprit est ainsi séparé sans recours de la matière et du corps, et l’on est piégé dans la dualité. Or la véritable non-dualité est celle qui réunit dans un même processus la lumière et l’ombre comme étant deux facettes d’une même réalité, et qui accomplit ainsi tant la matérialisation de l’Esprit que la spiritualisation de la matière et du corps. Le maître bouddhiste Thich Nhat Hanh en donne une belle illustration en nous invitant à utiliser tout ce qui nous semble négatif comme le jardinier utilise les excréments, à savoir comme de l’engrais pour faire pousser de belles fleurs, symboles de l’ouverture du cœur au centre de l’être.

Pour revenir en conclusion à l’orgasme, son rôle dans l’alchimie spirituelle semble être de nourrir le corps énergétique, ce que les anciens égyptiens appelaient le ka et Jung, dans la suite de la tradition occidentale, le corps subtil. Au fond, il s’agit d’élever la conscience au-delà du corps lors de l’acte sexuel pour prendre conscience de ce corps énergétique qui est alimenté par notre plaisir et notre joie. Le but de l’existence, dans cette perspective, est de se dés-identifier du corps physique, le khat égyptien, pour réaliser qu’en fait, nous sommes la conscience associée au corps énergétique, le ka. Ces pratiques visent à la transcendance de la condition mortelle du corps physique pour accéder à l’immortalité du corps subtil et retrouver ainsi notre véritable nature. Il est fascinant de constater que sur ce point, les trois plus grandes cultures spirituelles préchrétiennes connues que sont l’Égypte, la Chine et l’Inde, qui ont toutes trois produit un système symbolique proprement alchimique avec des pratiques associées incluant la sexualité, étaient entièrement d’accord.


[1] Tom Kenyon et Judi Sion, le manuscrit de Marie-Madeleine (les alchimies d’Horus et la magie sexuelle d’Isis), éditions Ariane.
[2] Dr Jack Lee Rosenberg, Jouir – techniques d’épanouissement sexuel, éditions Tchou.
[3] Wilhem Reich, la function de l’orgasme, Éditions de l’Arche.
[4] Pour une étude approfondie de ce symbole, voyez : Le symbole du caducée sur le blog Grands Rêves.